[Reportage] Usine iO, l’incubateur d’un autre genre

Depuis 2 ans, Usine iO propose à Paris une nouvelle offre sur le marché des incubateurs. Sa cible : les start-up qui misent sur l’industrie française de demain. Reportage.

Une tour HLM, ou du moins, ce qui en ressemble. Voilà où s’est discrètement implanté il y a deux ans maintenant, l’incubateur Usine iO, en plein coeur du 13ème arrondissement de Paris. Il semble ainsi loin du faste de sa voisine, la Halle Freysinet, lieu du futur incubateur géant pour start-up parisiennes du numérique. Car de son côté, des moyens financiers plus limités auront accouché d’un lieu à taille plus humaine. 1500 m2 d’espace, divisé en bureaux d’études, en ateliers de fabrication ou encore en espaces de détente. Seuls bénéficiaires : des ingénieurs innovants qui apportent leur pierre au renouvellement de l’industrie française.

Un des ateliers de fabrication de prototypes high-tech. Crédit Usine iO
Un des ateliers de fabrication de prototypes high-tech. Crédit Usine iO

Un îlot de prospérité qui se paye

Une simple porte, un rideau à lanière et vous voilà au milieu d’ingénieurs en plein « bricolage », des informaticiens qui pianotent, des patrons qui tissent leur réseau. Dans une salle, en pleine discussion, Théophile Gonos. Ce créateur souhaite révolutionner la domotique avec son petit robot, E-4, truffé d’intelligence artificielle. Il l’assure : « Usine iO offre un vrai écosystème, fait de conseils, de partages de connaissances et de technologies ». Car en plus de machines-outils dernier cri, de la proximité et de l’entraide avec d’autres entrepreneurs, ce qui s’apparenterait à un fablab à la française propose aussi et surtout une expertise. Basée sur l’expérience et la renommée d’une dizaine d’ingénieurs et de commerciaux salariés, elle est souvent salvatrice pour de jeunes créateurs aux compétences incomplètes.

Seulement ces prestations ont un prix. « C’est vrai que c’est un poids pour des start-up à faible trésorerie » nous confie Marc, programmeur informatique, acceptant un temps de lever les yeux de son écran. Car cet incubateur, monté et financé par un ancien de la firme Pixmania, reste comme beaucoup, privé. Chaque membre – ils sont près de 300 – paye ainsi son adhésion et représente donc une source de rentabilité pour le site. Selon les prestations fournies, le coût peut ainsi varier, allant de 180 à 450 euros par mois et par personne.

De l'électronique à la mécanique, tout est pensé et conçu dans "l'usine". Crédit Usine iO
De l’électronique à la mécanique, tout est pensé et conçu dans « l’usine ». Crédit Usine iO

Le financement, premier obstacle pour les start-up

Dans un pays où l’industrie est en perte de vitesse, où seules subsistent dans la mondialisation, des branches compétitives et innovantes, les jeunes créateurs d’entreprise semblent avoir trouvé en ces lieux un creuset vivifiant pour mettre en forme leur projet et proposer un avenir pour le secteur. Tel était d’ailleurs le pari fait par le gouvernement et l’ancien « ministère du redressement productif », en faisant d’Usine iO le lauréat de leur appel à projets, lancé en 2014. Seulement si les incubateurs poussent comme des champignons en France, il n’en reste pas moins que le taux de faillite de leurs petites protégées, de près de 90%, reste abyssale. Refusant de nous communiquer le leur, une structure telle qu’Usine iO ne semblerait ainsi faire mieux et ne saurait donc constituer la panacée pour les start-up franciliennes.

« On nous parle beaucoup de la bureaucratie française, mais c’est surtout le manque d’investisseurs courageux qui nous ralenti » nous précise Th. Gonos.

Des banques trop frileuses, une absence de fond de pension hexagonal, une banque publique d’investissement qui croulent sous les demandes et peine à fournir des financements, sont tant d’acteurs et de manquements qui ternissent l’avenir des start-up françaises. Le crowdfunding semble bien souvent le seul recours s’offrant à elles, afin qu’elles puissent penser à leur expansion et donc, à quitter l’incubateur, brève étape ailleurs vers l’appareillage, mais qui a tout en France, de leur seule bouée de sauvetage.

Nicolas GOMONT

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