[Reportage] Trocadéro, témoin d’un socle qui se resserre ?

Empêtré dans les affaires depuis près de 40 jours, François Fillon avait besoin d’un tremplin pour se relancer. Mais loin du rassemblement populaire, la démonstration du Trocadéro dimanche dernier traduit surtout un resserrement du socle des Fillonistes.

Le temps déplorable n’aura pas fait flancher la détermination des sympathisants et encore moins celle des nombreux journalistes dépêchés sur place pour assister à l’évènement. Le spectacle des terrasses de café, réquisitionnées par des militants dégoulinant de pluie, laissa vite sa place à celui d’une nuée de drapeaux bleu-blanc-rouge, seule couleur admise dans les rangs. De fait, en quête de légitimation, il faut lisser les aspérités et velléités des manifestants. Loin des 200 000 personnes annoncées, la foule suffisait néanmoins à remplir la place pour une belle photo d’ensemble.

Un profil-type qui se distingue

« Je viens de Rodez, pour François » assène avec fierté, un des convaincus venus faire la queue devant les postes de palpation, assurés pas quelques militants bénévoles. Témoignage d’un homme parmi d’autres, dans une foule assurément homogène, voire endogène. Tous acceptent les quelques consignes égrenées par des collaborateurs d’élus mobilisés sur les lieux. Discrets jusqu’à vouloir rester anonymes, ils assurent toutefois avec force, comme cette collaboratrice de Caroline Cayeux, sénatrice de l’Oise et fidèle soutien de F. Fillon, les nouvelles motivations de cette démonstration. Plus de manifestation anti-juges et anti-médias, l’objectif est désormais fixé, un discours de bonne tenue devant une foule enthousiaste.

Auditoire largement composé de retraités bourgeois et de cadres supérieurs, certains, comme Paul, avouent même à demi-mot avoir participé à la Manif pour tous en 2013.

« Il faut sans cesse que les médias nous stigmatisent, on a le droit d’avoir des convictions ?! »

Manifestation de la mobilisation des réseaux de sens commun (groupuscule issu de l’opposition à la loi Taubira), elle reste le témoin d’un public segmenté et attiré par le volet identitaire et conservateur du programme de leur candidat.

Quelques « Jeunes avec  Fillon » avaient tout de même fait le déplacement, malgré le communiqué de presse publié quelques jours auparavant, appelant F. Fillon à se retirer pour mieux se défendre. Paul, 17 ans, défend avec ténacité son candidat de coeur, bien qu’il se déclare ouvert à voter Emmanuel Macron en cas de démission de son leader.

« Ce que les autres caciques des Républicains sont en train de lui faire, c’est lamentable, donc s’il doit démissionner, il n’est question de voter pour eux. »

Très amers, nombreux sont les sympathisants ayant emboité le pas de F. Fillon lors de l’évocation des multiples défections dans son camp. « La fuite en canard, d’un camp vers un autre, d’un hiérarque vers un autre, vers la circonscription, le portefeuille. La désertion assumée, sans honte et aussi sans orgueil. » a dénoncé le candidat dès le début de son allocution, pour partie plagiée sur un de ses discours de 2007.

Opposition vis-à-vis des élites, des opportunistes non-représentatifs, tels furent les axes de stratégie du patron de Les Républicains, qui semble jusqu’à aujourd’hui avoir au moins permis de resserrer les rangs au sein même de son parti.

Nicolas GOMONT

Crédit photo à la Une AFP.

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