Droit des femmes: la parole est à l’accusée

Comment les femmes ont-elles été traitées par la justice à travers les siècles ? C’est la grande question que pose l’exposition « Présumées coupables », aux Archives Nationales jusqu’au 27 mars 2017, qui met en lumière les relations entre les femmes et la justice, à travers différents grands axes.

Présumées Coupables, crédit photo : Archives Nationales

Les femmes représentent moins de 10% de la population pénale, et ce, depuis le Moyen-Âge. Pourtant, il y a des catégories de crimes où celles-ci ont été, auparavant, plus représentées que la gente masculine. La sorcière, l’empoisonneuse, la mère commettant l’infanticide, la pétroleuse ou encore la traîtresse, autant de qualificatifs qui retracent les grands crimes dont les femmes ont été accusées, à tort ou à raison. Evidemment, du XIVe au XXe siècle, les juges, les magistrats, étaient exclusivement des hommes, ce qui ne facilitait pas le juste jugement des accusées.

Les femmes, jugées pour des crimes dits « féminins », se voyaient interrogées sur tout, que ce soit sur le délit qu’elles auraient présumé commis, mais aussi sur leur vie intime, contrairement aux hommes qui n’étaient pas traités comme tels. La femme, clairement catégorisée de par son sexe, subissait des traitements bien particuliers. Certaines ont vu leurs interrogatoires finir aux archives nationales et départementales. Le musée des Archives Nationales a donc décidé d’exposer ces 320 archives (dont une partie a été mise en ligne), et de donner la parole à ces présumées coupables, de nombreux siècles après leur jugement. Le sujet de la femme et de sa confrontation avec la justice est décortiqué, mis en valeur, dénoncé.

De coupable à victime

Lorsque nous lisons des procès-verbaux d’interrogatoire datant du moyen-âge, on peut voir des femmes questionnées sur leurs relations avec le diable et les différents actes de sorcellerie qu’elles auraient commis. Mais nous pouvons surtout constater les procédures plus que cruelles à l’égard de ces présumées coupables, qui la plupart du temps étaient accusées par des villageois n’ayant aucune preuve. Torturées, et puis mises à mort, elles n’ont eu aucun moyen légal de se défendre contre l’accusation.

Dans les couloirs sombres de l’exposition, qui permettent de protéger les archives, les gens se bousculent pour lire les interrogatoires. Dans la seconde salle, réservée à l’empoisonneuse, on constate que ce n’est pas en avançant dans le temps que les femmes seront mieux traitées par la justice et les hommes. A partir des temps modernes, la femme utilise le poison comme arme de crime. Devenue aux yeux des hommes l’arme féminine par excellence, elle montre la « faiblesse de leur sexe ». Une méthode qui sera considérée par les juges comme plus horrible et plus punissable que le reste des autres homicides.

En parallèle, un autre crime punissable de peine de mort n’engage que les femmes. L’infanticide est alors courant, et entre le XVIe et le XIXe, la justice créa de nombreux textes de loi et fit de nombreux procès contre des mères s’étant débarrassées de leur enfant. Mais lorsque l’on s’attarde sur les procès-verbaux, certains rendent compte de faits tels que des mères dont les bébés étaient mort-nés. Bien que ce ne soit pas de leur faute, la justice pouvait les condamner à mort.

L’exposition, « très longue, mais très riche « , selon une femme croisée dans les couloirs, nous parle alors des femmes qui se sont révoltées durant la Commune de Paris. Elles ont été accusées à tort d’avoir incendiée la capitale, sans aucune preuve. Lors de leurs interrogatoires, elles ont eu le droit à des questions très intimes, qui allait au delà de leurs simples opinions politiques. Evidement, les hommes mis en cause lors de la Commune de Paris n’ont pas eu a répondre à ce genre de questions. Aussi, les femmes, après s’être rebellées, ont fait peur aux hommes et à la justice, les qualifiants de « dangereuses », malgré le fait qu’elles aient été finalement désincriminées d’avoir brûlé Paris, par manque de preuve significative.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les femmes collaborationnistes étaient nombreuses. D’autre n’ont fait qu’aimer un Allemand, voir n’avoir qu’une relation d’un soir, et pourtant, elles ont été jugées et traitées comme des « adultères à la nation ». Interrogées sur leurs relations intimes, elles vont se voir tondue face à leur village. La justice n’y fera rien.

À la fin de l’exposition, des dames, touchées par les faits qu’elles voyaient retranscrit devant leurs yeux, s’exclament :

 «  C’est une exposition très émouvante, les femmes tondues, les femmes torturées. Tout ce qu’on leur a fait subir seulement parce qu’elles étaient des femmes et qu’elles n’étaient pas considérées comme l’égal des hommes face à la justice et à l’état, c’est révoltant « .

Durant l’Histoire, les femmes traduites en justice ont été tantôt coupables comme les accusations le disaient, tantôt injustement jugées juste parce qu’elle étaient des femmes. Même si dorénavant la Justice est un peu plus égale, le sexisme et les préjugés ont amené beaucoup de femmes innocentes à la peine de mort, parfois pour des raisons insignifiantes et injustes.

Marine Desquand

Exposition « Présumées Coupables », jusqu’au 27 mars 2017, musée des Archives nationales.

Légende photo à la Une : Dessin représentant l’empoisonneuse Hélène Jégado

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