[Reportage] Amal Bentounsi, soeur courage

Débats sans fin, prises de position, la violence policière est aujourd’hui un fléau tenace au coeur de notre société. Bien que la situation semble irréversible, collectifs et associations crient leur colère. Parmi les résistants, Amal Bentounsi, fondatrice du collectif « Urgence, notre police assassine ». 

Urgence, notre police assassine ! Comme un coup de gueule des citoyens français face à leurs forces de l’ordre. Des mots brutaux, qui tranchent avec la vision que l’on devrait se faire de la police. Longtemps reconnu comme garant de protection et sécurité, le corps policier est parfois perçu comme un danger pour les concitoyens. En stigmatisant ses banlieues et en allongeant la liste des victimes tombées sous ses coups, la police s’éloigne de ses valeurs et est sommée de faire face à ses bavures. La voix des Français touchés de près ou de loin par les violences policières grondent.

Parmi elles, celle d’Amal Bentounsi, dont la vie quotidienne tourne aujourd’hui autour de son activisme. Le parcours de cette mère de quarante ans force l’admiration tant par sa motivation que par sa dignité face aux évènements récents. Depuis 2012, elle est à la tête du collectif “Urgence, notre police assassine”, une organisation née suite à un drame personnel. Il y a cinq ans, son frère, Amine Bentounsi, mourrait d’une balle dans le dos tirée par un gardien de la paix. L’homme en question plaide la légitime défense, soutenu en masse par son corps de métier. Face à ces affirmations, la victime dépeinte en tant que délinquant au casier judiciaire noir n’a aucune chance. Ce drame agit telle une sonnette d’alarme chez Amal qui se remémore les récits de son frère quant à ses interactions violentes avec les policiers. L’imperméabilité des forces de l’ordre face à la justice devient son moteur premier.

Nom de code : activiste

Contactée quelques heures après les révélations du Parisien selon lesquelles la famille Luhaka (proches du jeune Théo) seraient embourbée dans une affaire d’emplois fictifs, la colère d’Amal Bentounsi gronde.

“J’avais prévenu Michael, le frère de Théo. Je savais qu’ils allaient chercher un moyen de nuire aux siens. Avec Théo, c’était plus compliqué qu’avec les autres victimes, mais ils ont réussi leur coup, comme d’habitude”.

Si elle a senti le vent tourner, elle s’étonne que Le Parisien fasse écho à ce genre de propagande. Elle le perçoit comme une volonté de criminalisation de la victime. Car, bien que les faits datent de 2016, cette affaire n’est médiatisée qu’aujourd’hui. Comme une manipulation de l’opinion publique largement en faveur de la famille Luhaka. Un retournement de situation que la police, habituée à être couvert lors de ce genre d’affaires, n’avait pas anticipé. Sans hésitation aucune, la fondatrice du collectif pointe du doigt la police, certainement à l’origine de ces révélations.

“Comment voulez-vous contrer un organisme qui agit telle une mafia, protégeant les siens même devant des preuves inéluctables?”

Le collectif “Urgence, notre police assassine” prend du galon. Sa présence sur les réseaux sociaux et son site internet agissent comme un électrochoc. Ces différentes plateformes listent, photos à l’appui, les milliers de victimes tombées sous les coups de la police française. La frise chronologique remonte jusqu’à 2005. Ainsi, on peut se rendre compte de l’étendu du malaise.

Capture d’écran du site internet urgence-notre-police-assassine.fr
Amal Bentounsi assume le fait que son collectif dérange. Prise à partie par nombre d’hommes politiques qui ne connaissent en rien la nature de son combat, la quadragénaire estime que ces sorties médiatiques prouvent l’impact de ce mouvement citoyen. Parmi ces hommes politiques enclin à balayer la force du collectif, Nicolas Sarkozy. En pleine campagne des primaires de la droite et du centre, l’ancien chef d’état se présentait en grand défenseur de la police, fustigeant le collectif dont il ne connaîssait même pas le nom.

 Grande(s) soeur(s) courage

Force est de constater que les femmes sont au coeur d’une révolution. Dans le sillon d’Amal Bentounsi : Assa Traoré, Aurélie Luhaka, Ramata Dieng. Ces femmes sont devenues, malgré elles, porte-paroles d’une banlieue en quête de justice. Elles courent les plateaux télévisés, luttent, dérangent et médiatisent ces affaires bien trop souvent irrésolues. Elles s’expriment au nom de leurs frères et plus encore au nom de la jeunesse banlieusarde cataloguée en tant que menace à cause de leur origine et apparence. Et les médias non traditionnels tendent l’oreille. Ce n’est pas un hasard si Mediapart confiait en janvier dernier l’adresse de ses voeux à la grande soeur d’Adama. Ce n’est non plus pas un hasard si Mouloud Achour lui confiait symboliquement en octobre dernier une des caméras de son émission “Le Gros Journal”. Une manière de donner une voix à une banlieue incomprise.

Ce mouvement n’est pas sans rappeler celui outre-Atlantique. Car aux Etats-Unis aussi les femmes mènent la résistance et s’installe en ligne de mire du mouvement “Black lives matter”. Si elles ne subissent pas les contrôles quotidiens et les violences physiques, elles le vivent à travers leurs frères. Et tandis que les policiers cherchent à affirmer leur virilité face à ces jeunes hommes, être une femme devient un atout. La révolution est en marche grâce à ces soeurs courage, et à travers Amal Bentounsi, on les en remercie.

Audrey Likound

*Image à la une : afp.com / Matthieu Alexandre

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