« Get Out », l’Amérique à travers ses horreurs

Cinq mois après l’élection de Donald Trump, la résistance via divers courants artistiques semble plus indispensable que jamais. Tandis que « A Tribe Called Quest » et Katy Perry réagissent à travers leur musique, Jordan Peele s’essaye au film d’horreur. 

Succès monstre de ce week-end, le film-ovni « Get out » a créé la surprise dans les salles américaines. Réalisé par l’humoriste Jordan Peele, ce long-métrage ancré dans l’humour et l’horreur du racisme systémique aux Etats-Unis s’installe en tant que chef-d’oeuvre du mois de mars.

L’histoire, racontée par le biais d’un jeune Afro-américain rencontrant ses beaux-parents (blancs) pour la première fois est révélatrice du malaise ambiant dans lequel se trouve les Etats-Unis depuis toujours. Car, si ségrégation raciale n’est plus, les séquelles restent. Entre violence policière (dix fois plus élevée dans les communautés afro-américaines) et privilèges réservés à la population blanche, l’Amérique, terre d’égalité, ne l’est pas vraiment.

Allison Williams & Daniel Kaluuya, couple mixte dans « Get out ». Justin Lubin/Universal Studios
Porté par le duo Daniel Kaluuya (découvert dans la série « Black Mirror ») et Allison Williams (« Girls »), « Get Out » est un miroir de l’Amérique d’aujourd’hui et permet de mettre ses habitants face à leurs contradictions. Une leçon d’une heure sur les dégâts du racisme ordinaire et l’incompréhension entre populations blanches et noires. Réaliste à souhait, les scènes de malaise subies par le protagoniste de l’histoire semblent tirées du réel, sans artifices ajoutés afin de scénariser le tout.

Film (d’horreur) nécessaire

Les scènes, devenues cultes, du film font le bonheur de la twittosphère et les critiques sont unanimes quant à sa qualité. « Get out » en devient briseur de tabous et de barrières. Jordan Peele s’installe ainsi dans la lignée des réalisateurs afro-américains ayant marqué le cinéma de leur empreinte ces deux dernières années. A l’heure où documentaires et biographies sur la condition afro-américaine s’installent au panthéon des chefs d’oeuvres, « Get out » apporte une touche de légèreté à notre filmographie 2017.

Auréolé de gloire, le film ne fait pourtant pas l’unanimité. Taclé par des vétérans du métier tel que Samuel L. Jackson (accusant Daniel Kaluuya, acteur britannique, de ne rien connaître de l’oppression afro-américaine) et critiqué pour la violence de ses scènes, « Get out » suscite vives réactions. Le rôle premier de l’art en somme.

Audrey Likound

« Get out » de Jordan Peele, en salles le 3 mai en France

*Image à la une : Universal Pictures

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