Opération Sentinelle : « On voit que les gens sont rassurés »

Depuis les attentats du 13 novembre 2015, la France est en « état d’urgence ». Pour parer au risque d’attaque terroriste, qui plane sur notre pays depuis l’attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015, le président François Hollande avait déjà lancé l’opération Sentinelle. Alexis*, 26 ans, du 8e régiment de parachutistes d’infanterie de marine, est l’un de ces militaires qui assurent notre sécurité au quotidien. Rencontre.

7-9 janvier 2015 : Trois terroristes islamistes tuent 17 personnes à Paris, lors des attaques de Charlie Hebdo et la prise d’otage de l’Hyper Cacher.

13 novembre 2015 : La France subit l’attaque terroriste la plus meurtrière qu’elle ait jamais connue. Aux alentours de 21h20, 7 attaques sont perpétrées par 7 terroristes à Paris et Saint-Denis, provoquant la mort de 129 personnes et faisant 300 blessés, dont 99 graves.

14 juillet 2016 : Lors du traditionnel feu d’artifice, un camion bélier fonce dans la foule sur la promenade des Anglais, à Nice, provoquant la mort de 85 personnes.

Ces trois attaques, parmi d’autres, ont pour point commun d’avoir été revendiquée par l’Etat Islamique (Daesh). Cette organisation terroriste, n’est dorénavant plus seulement combattue sur les terres d’Irak et de Syrie, où elle a son fief, mais également en France, dans les gares, aéroports, et avenues des grandes villes françaises.

Alexis*, 26 ans, est l’un de ces militaires que nous croisons désormais tous les jours, et qui font partie du quotidien des citadins. Engagé dans l’armée depuis 10 ans, il fait aujourd’hui partie du 8e régiment de parachutistes d’infanterie de marine, basé à Castres. Rencontre.

Pourquoi avez-vous voulu vous engager dans l’armée ?

Mon père a officié dans l’armée pendant 25 ans. Quand j’étais plus petit, il était mon modèle, et je le voyais comme une sorte de héros. Je voulais lui ressembler.

Quand vous y êtes arrivé, la réalité n’a pas été trop décevante ?

Je savais que ça serait difficile, et je savais plus ou moins à quoi m’attendre. Il était hors de question que j’abandonne ce projet de toute façon.

Vous avez commencé au rang de simple soldat, aujourd’hui vous êtes passé « second maitre » ou chef, en quoi consiste votre rôle ?

Je suis passé second maitre à mon retour de Centrafrique il y a un peu moins d’un an, après l’Opération Sangaris. Aujourd’hui, j’ai des rôles assez divers. A la caserne, et pendant les entrainements, je gère certains soldats, notamment les nouveaux. En mission, j’ai 3 soldats sous mes ordres.

Quelles sont vos missions à l’heure actuelle ?

Je fais partie des soldats que vous pouvez croiser dans les aéroports, les gares, et différents lieux publics. Depuis les attentats du 13 novembre, et la mise en place de « l’état d’urgence », mon régiment fait partie de ceux appelés pour l’Opération Sentinelle.

Concrètement, comment ça se passe ?

On est envoyés en mission dans certaines villes pour plusieurs mois, généralement 2 ou 3. On intègre une caserne sur place, et on sécurise les principaux lieux publics. J’étais à la gare, et à l’aéroport de Marignane. 

Les journées ne sont pas trop longues ?

Il y a effectivement moins d’action qu’en Centrafrique (rires), et on peut avoir des journées qui durent plus de 15 heures, mais on est constamment sous pression, et il se passe des choses de temps en temps. Comme cette fois à Marseille justement, où un homme coursait un autre une machette à la main en lui criant « je vais te tuer! ».

Comment gère-t-on ce genre de situation ?

Quand il y a une arme, on braque la personne et on lui ordonne de s’allonger, on calme la situation, on rassure les civils aux alentours. Celui-ci était particulièrement nerveux mais il a fini par obéir. Après on appelle la police, et ce n’est plus de notre ressort. Heureusement, ce ne sont pas des choses qui arrivent souvent.

Est-ce que vous ressentez un rapport différent entre les civils et les soldats depuis les attentats ?

Oui bien sûr, on voit que les gens sont rassurés. De temps en temps, certains viennent nous voir pour nous remercier ou nous souhaiter bon courage. Ça nous en donne justement, et ça met du baume au coeur lors de ces longues journées. On a un rapport particulier aux enfants aussi, qui sont parfois très impressionnés par nos armes et nos uniformes, alors on essaie de rigoler avec eux pour les rassurer.

Votre prochaine destination ?

Je retourne à Castres pour l’instant, et je ne sais pas encore où je serai dans quelques mois. C’est ce que j’aime aussi dans ce métier!

*Le prénom a été modifié

Propos recueillis par Mathieu Fageot 

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