Burundi : une épidémie de paludisme en pleine crise politique

La ministre burundaise de la Santé, Mme Nijimbere, a reconnu lundi que son pays devait faire face à « une épidémie de paludisme ». Son allocution fait suite à un récent rapport de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et ajoute ainsi officiellement à la crise politique qui sévit depuis 2015, une crise sanitaire.

« Quelques 700 décès » et près 1,8 million de cas recensés. Voici le bilan pour ce seul début d’année de l’épidémie de paludisme, officialisée lundi par les autorités gouvernementales. Sévissant dans le pays depuis de nombreux mois, elle aurait causé la mort 3 000 personnes l’année dernière tandis que 8,2 millions de cas – incluant les récidives – ont été dénombrés. Chiffres d’autant plus saisissants que le petit pays ne compte qu’un peu plus de 11 millions d’habitants.

En augmentation de près de 17% par rapport à l’année passée, l’épidémie s’étend rapidement, surtout dans les régions du Nord et du Nord-Est. Face à cette expansion, les autorités demandent un soutien de leurs partenaires pour endiguer cette « épidémie, qui constitue une grande urgence de santé publique ».

Lieux de reproduction des moustiques, les rizières s’étendent sous la surveillance d’experts chinois qui investissent progressivement l’agriculture africaine. Crédit photo Isanganiro.

Une lutte empêchée par la crise politique

Transmis par le moustique, le paludisme est une maladie infectieuse potentiellement mortelle. Particulièrement dangereuse pour les enfants et les femmes enceintes, la pandémie s’expliquerait pour les autorités par le changement climatique et par un mauvais usage des moustiquaires. Auparavant protégé de la malaria, ce pays montagneux voit aussi croitre depuis quelques années le nombre de ces rizières, lieux de reproduction par excellence des moustiques.

Mais toutes les causes ne sont pas à mettre sur le dos de la nature ou des mauvaises pratiques. La crise politique, qui sévit depuis plusieurs années dans ce pays, a aussi sa part de responsabilité. Pour faire des économies, le budget de la santé s’est ainsi vu tronqué de 54% alors que ce sont les individus les plus pauvres et démunis qui se voient les plus touchés. Les stocks de médicaments s’épuisent et les 31 millions de dollars nécessaires pour contrer la maladie ne semblent pouvoir venir que de l’extérieur.

Le président Nkurunziza, au pouvoir depuis 12 ans et décidé à candidater à un quatrième mandat. Crédit photo AFP PHOTO / LANDRY NSHIMIYE

Or, régulièrement pointé du doigt pour des cas de tortures et de massacres d’opposants, le régime du président Nkurunziza s’est vu sanctionné par ses pays donateurs, décidés à suspendre leurs aides financières. Ainsi se sont rapidement vidées les caisses de l’Etat. Si pour endiguer l’épidémie, ses partenaires internationaux se montrent prêts à verser de nouveaux crédits, il leur faudra surveiller de près leur utilisation, afin de ne pas les voir disparaitre dans les poches des moins nécessiteux.

Voir aussi : Innovation, un savon pour lutter contre le paludisme

Nicolas GOMONT

Crédit photo à la Une AFP/PHILIPPE HUGUEN

 

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