« Il faut éviter d’avoir un côté hautin aux Prudhommes »

Grégoire Hervet, jeune avocat de 33 ans, inscrit au Barreau de Paris, possède son propre cabinet situé dans le 16ème arrondissement de Paris. Il nous explique son parcours, et nous livre son regard sur l’institution judiciaire prudhommale et sur son activité au quotidien.

Le Scriptio : Quel a été votre parcours ?

Grégoire Hervet : Je suis passé par la fac de droit à Montpellier. Pour être admis en école d’avocat, nous pouvons y entrer en quatrième année, ce que j’ai fait. Je ne me destinais pas pourtant à être avocat à la base, mais j’ai été admis pour intégrer une école d’avocat à Paris.

Et comment vous est venue l’envie de vous diriger précisément vers le droit du travail ?

Durant mes études, je travaillais chez le hard-discounter Lidl, et notamment pour la centrale d’achat de l’enseigne. J’ai très rapidement été confronté aux grèves, aux mouvements sociaux et aux syndicats. Cela m’a tout de suite beaucoup impressionné. J’ai donc voulu vraiment axer mes études, donc mon activité professionnelle sur cette thématique. Aujourd’hui, je ne fais que ça, et j’interviens quasi exclusivement dans le droit du travail. Par contre, je n’ai pas encore la spécialisation. Je dois la passer si je souhaite l’inscrire sur mes cartes de visite, ou sur mon site internet.

Vous êtes dans le métier depuis 7 ans. Comment se passe le démarrage d’activité pour un jeune avocat ?

Quand nous démarrons, nous pouvons en théorie nous installer directement dans notre propre cabinet. Mais moi-même, et beaucoup de mes confrères font un autre choix qui est celui de trouver une collaboration. C’est-à-dire que nous intègrons un cabinet qui existe déjà, mais avec le statut particulier d’avocat collaborateur. En ce sens, nous sommes en libéral, donc pas salarié. Mais dans le même temps, nous travaillons pour quelqu’un. Nous avons pendant cette période les avantages du salariat. Et les inconvénients du salariat et du libéral. Mais il faut considérer que nous avons un métier qui est exigeant. Nous avons besoin d’être formé sur une durée non négligeable. Je considère que c’est presqu’un métier d’artisan ! Les jeunes avocats peuvent travailler avec un ou plusieurs maîtres. Et durant ce laps de temps, nous sommes formés concrètement sur le terrain jusqu’à ce que l’on puisse se lancer seul. Donc ouvrir notre propre cabinet d’avocat, et commencer notre propre activité. C’est ce que j’ai fait cette année, lors de l’ouverture de  mon propre cabinet au mois de janvier dernier.

Quel regard avez-vous aujourd’hui sur le fonctionnement technique de la justice ?

En France, c’est long, beaucoup trop long… Les procédures s’étendent sur des durées importantes. Par exemple, vous vous faîtes licencier aujourd’hui, votre jugement vous l’aurez dans le meilleur des cas dans un an et demi. Et si entre temps il y a des complexités, cela se rapproche plutôt des trois ans. C’est le reproche que je peux faire. Aujourd’hui, au premier niveau de jugement des prud’hommes, ce ne sont pas des professionnels, mais des employeurs et des salariés élus. Résultat, les décisions de justice sont parfois un peu douteuses et pas forcément très juridiques. Donc, même si mon client gagne, la partie adverse peut facilement faire appel. Et là, c’est reparti pour un an de procédures supplémentaires… C’est les deux principales critiques que je peux formuler contre ce système judicaire. Je souhaiterais donc une réforme complète du fonctionnement des prud’hommes. En France actuellement, il y a deux types audiences : l’audience de conciliation, et l’audience de plaidoirie. Je milite pour que la conciliation se fasse avec les nouvelles technologies d’aujourd’hui. Nous pouvons passer par Whatsapp, Skype ou Face Time, c’est-à-dire créer un système de salles virtuelles. Il n’y a plus rien qui justifie, en 2017, que nous devons nous déplacer dans un tribunal pour ce type d’audience. Enfin, si les juges étaient de vrais magistrats, le système serait beaucoup plus efficace.

Et plaider non pas à des magistrats, mais à des personnes issues du milieu de l’entreprise (syndicats de salariés et d’employeurs), cela change ?

Oui ! Il faut éviter d’avoir un côté hautin, un côté « moi, je sais, toi, tu ne sais pas » ! Nous nous adressons vraiment à des gens qui ne connaissent pas. Ce n’est pas des professionnels ou des magistrats, malgré qu’ils aient reçu une formation pour intervenir aux prud’hommes. Ce ne sont donc pas des juristes. Quand nous plaidons, nous devons avoir un vrai travail d’explication, d’explication du droit, d’explication du contexte de l’affaire. Et l’utilisation de mots très simples est primordiale et nécessaire lorsque nous plaidons dans ce type d’audience. Si vous vous rendez dans un tribunal prudhommal, c’est presque la cour des miracles ! Il faut aussi comprendre… Vous avez toute la journée en face de vous des gens qui ont perdus leur boulot. C’est comme les gens qui s’occupent des divorces, vous pétez les plombs à la fin ! Vous voyez toute la misère humaine passer devant vos yeux toute la journée ! C’est pour cela qu’il faut donc rester humble si je puis dire, et aller à l’essentiel dans ce genre de plaidoirie. Et puis, il faut dire aussi que ce genre d’affaires est très rarement médiatisé, sauf quand PPDA se fait virer !

Quels genres de litiges exactement gérez-vous au quotidien ?

Je gère tous les types de litiges dans le domaine du droit du travail. Aussi bien salariés qu’employeurs. Aujourd’hui, j’ai plus de clients salariés qu’employeurs. Il y a une grosse majorité de dossiers concernant des problèmes de harcèlement au travail, c’est au moins plus de 50% de mon activité. J’ai également beaucoup de ruptures conventionnelles à gérer, il y a plein de gens qui souhaitent partir ou négocier leur départ. Cela ne passe pas forcément devant un juge. Il y a une grosse activité là dessus en ce moment. Et le reste, c’est principalement les contestations de licenciement.

Vous vous occupez également des litiges avec la sécurité sociale et l’administration. Pouvez-vous en dire plus ?

J’interviens auprès de la Sécu en tant que telle, mais aussi auprès du Pôle Emploi, d’organismes d’assurances vieillesses… Je vais vous prendre l’exemple d’un retraité qui ne touche pas sa pension, malgré les demandes réputées auprès de l’organisme fautif, ou encore un chômeur qui a des problèmes pour toucher ses indemnités… Les exemples sont nombreux ! Je m’occupe également d’un dossier contre le Ministère de la Défense.

Une autre activité que vous pratiquez, c’est le conseil…

Oui ! Ce n’est pas ce que je préfère particulièrement. J’en fais parce que nous avons plein de questions à ce propos. Mais c’est pas mon activité principale. Cela consiste principalement en du conseil juridique, principalement à destinations de PME* qui n’ont pas forcément les moyens de posséder un service juridique digne de ce nom.

Propos recueillis par Florian Pierrat

Crédit photo illustration : ® Olivier Laban-Mattéi/AFP

*Petites et Moyennes Entreprise

Publicités